Le Vicomte de Valmont
à la Présidente de Tourvel
Comment répondre, Madame, à votre dernière Lettre ? Comment oser être vrai, quand ma sincérité peut me perdre auprès de vous ? N'importe, il le faut ; j'en aurai le courage. Je me dis, je me répète, qu'il vaut mieux vous mériter que vous obtenir ; et dussiez-vous me refuser toujours un bonheurque je désirerai sans cesse, il faut vous prouver au moins que mon coeur en est digne.
Quel dommage que, comme vous le dites, je sois revenu de mes erreurs ! avec quels transports de joie j'aurais lu la même Lettre à laquelle je tremble de répondre aujourd'hui ! Vous m'y parlez avec franchise, vous me témoignez de la confiance, vous m'offrez enfin votre amitié : que de biens, Madame, et quels regrets de ne pouvoir en profiter ! Pourquoi ne suis-je plus le même ?
Si je l'étais en effet ; si je n'avais pour vous qu'un goût ordinaire, que ce goût léger, enfant de la séduction et du plaisir, qu'aujourd'hui pourtant on nomme amour, je me hâterais de tirer avantage de tout ce que je pourrais obtenir. Peu délicat sur les moyens pourvu qu'ils me procurassent le succès, j'encouragerais votre franchise par le besoin de vous deviner ; je désirerais votre confiance dans le dessein de la trahir ; j'accepterais votre amitié dans l'espoir de l'égarer ...
(...)
***
Ce soir, je me rappelle. Je me rappelle des soirées que je passais seule, triste, et pendant lesquelles le moindre souvenir d'un moment doux me brisait le coeur. Je me souviens de toutes les spéculations que j'ai faites. Seule, complètement seule, dans un nouveau monde. Je débarque, je suis sans repère. Je ne me rattache qu'à ce que je connais alors que je voudrais bien en laisser une grosse partie derrière moi. Envie de complicité et trop peu de temps à partager. S'intégrer, étape numéro un. Bien remplie. Quand sont venues les crises de larmes récurrentes, je sentais bien que finalement je n'étais pas seule. Alors j'ai décidé de me la jouer cat et de retomber sur mes pattes. De me lancer à nouveau, de me bouger, de me jeter à l'eau, de ne plus penser sans cesse à un temps révolu. Aujourd'hui, je sais que j'ai bien fait. Plus rien ne me fait mal quand je regarde tous mes souvenirs. Et je souris même ! Quelle évolution ! La seule phrase que je ne digère absolument pas est celle qui me prouvait une jalousie, qui me rassurait dans mon entreprise folle ; elle ne passe toujours pas. Pas de viande. Pas de modelage. Et pas de "rebutante". Empreinte de jalousie parce que tentais vainement de l'oublier en me jetant dans les bras du premier venu avec qui j'ai été une vraie * parce que je ne l'aimais pas, parce qu'il ne me convenait pas, parce que je croyais me réveiller à côté de quelqu'un d'autre, parce que j'ai été malade 5 jours/10, parce qu'il était con en plus de tout...
Je me rappelle ce que je pensais de l'Amour en ces mois froids et dénués de tendresse. Tout ce qui en a malmené ma conception. Pour finalement, après quelques mois de célibat et une heureuse rencontre, revenir au point de départ, à ce que je pensais au début. Je me rends compte que mes envies, mes idéaux, mes "projets", tout ça, avec toi, je peux les rêver, les polir, les retravailler, en y croyant. Quel chemin parcouru ! On est si bien comme ça, hein ?!
Tout ça parce que j'ai lu (en partie ...) les Liaisons dangereuses et que ça m'a vivement émue, ça m'a touchée. Et par moments, ça m'a rappelé cette manière virulente d'écrire, froide, dure, sarcastique voire parfois méchante. Avec cette impression de toute-puissance et de calcul. Même si tout ça n'est qu'une image, comme dans ce fameux roman du XVIIIè.


